______________________________________________________________________________________Chapitre o5
La pièce était vide de vie. Le silence le plus complet pesait dans l'espace. Puis un soupir sembla arriver comme une bourrasque, tant il était inattendu. Tom s'étira un peu plus. On était mardi soir, journée où il ne travaillait pas. Et il n'avait absolument rien fait. Enfin, rien qui sorte de sa routine.
Comme d'habitude il était passé à la pharmacie, renouveler l'ordonnance de son père, puis il était passé le voir. Cette fois-ci, il avait été invisible aux yeux de son géniteur. Tom détestait ça. Savoir qu'il était enfermé dans son petit monde. Vivant parmi ses souvenirs comme s'il y était encore. Revoyant sa mère, qui lui manquait tout autant qu'à lui. S'enfonçant encore plus dans son malheur et son désespoir. Tentant de se créer une seconde vie. Il haïssait son comportement. Parce qu'inconsciemment, il agissait sur le sien.
Parfois, il se disait que peut-être, si son père n'était pas ... dans son propre monde, pas si renfermé ; peut-être, qu'il aurait été un garçon normal. Un homme comme les autres qui serait sortit avec des filles, tout en sachant qu'il n'allait pas passer sa vie avec elles. Un homme qui aurait eu des tas d'amis, avec qui il aurait passé des soirées à boire et rire.
Mais Tom n'était pas ça. Et il savait qu'il ne le serait jamais. Parce qu'aujourd'hui, il était trop tard. Il ne supportait pas de ne serait-ce que 'penser' à changer. Il ne voulait pas. C'était trop dur. Il grimaça sans faire attention, et attrapa son portable, posé sur l'accoudoir. Tom était un garçon rêveur, il aimait penser. Mais pas à ce genre de choses.
Il déverrouilla le clavier du petit appareil et chercha dans ses contacts. Le numéro de son meilleur ami était au milieu du répertoire. Une fois le nom et numéro en surbrillance, Tom hésita. Il avait envie de l'appeler, mais il détestait le déranger.
Matthew avait beau être son meilleur ami, il habitait à des centaines de kilomètres. L'écran devint plus foncé. Tom avait parfois du mal à croire que même la personne en laquelle il avait le plus confiance, l'intimide de cette manière. Son meilleur ami avait toujours les conseils les plus judicieux. Il l'avait tiré de pas mal de galères, pas si importantes en réalité, mais qui terrorisaient le blond. Tom était si conventionnel. Encore un défaut qui irritait son entourage.
Matthew le considérait comme son petit frère bien aimé, qu'il passait son temps à protéger, de loin. Il avait pourtant un an de moins que Tom, mais ça n'avait pas d'importance. C'était comme ça depuis qu'ils s'étaient rencontrés l'année de leur terminale. Celle que Tom avait redoublée.
L'écran était maintenant totalement noir, et il le fixait, indécis. Finalement, il n'eut plus à faire de choix, le portable s'alluma brusquement tandis qu'il se mettait à vibrer dans sa main.
Un nom s'afficha, et il s'empressa de répondre.
-« Oui ? »
-« Hey, Tominou, ça va ? » demanda la voix féminine, à l'autre bout du fil.
Il y avait beaucoup de bruit derrière elle. Des rires, des voix, des sons de couverts en tapant d'autres.
Tom n'eut pas trop de mal à deviner où elle était.
-« Hum, ça peut aller. Et toi ? T'es au café ? » questionna-t-il à son tour.
-« Ouais, et ça a pas l'air d'aller si bien que tu veux me le faire croire ... »
-« Si ... si, ça va ... » répondit Tom, peu convaincant.
-« Raaah, j'aime pas quand t'es comme ça. T'as encore trop réfléchi, ça se sent ! Allez ramène tes miches, viens boire un pot avec nous. » dit-elle joyeusement, essayant de le persuader.
Tom soupira imperceptiblement. Il n'était pas si sociable. Les amis d'Amélie l'aimaient bien en règle générale, mais tous s'accordaient à dire que le jeune homme passait la soirée à les regarder s'amuser plutôt qu'à le faire lui-même.
-« Je ... je sais pas, j'ai pas envie de vous dé- »
-« Mais n'importe quoi ! Bouge tes fesses avant que ce soit moi qui vienne te chercher, Tomas. » insista-t-elle fortement, appuyant son prénom.
Le dreadé se redressa, sentant son échine frissonner.
-« Okay, okay, ne monte pas sur tes grands chevaux ! » dit-il, tentant une petite blague pour se faire pardonner.
Amélie ne supportait pas que Tom se dénigre ainsi. Elle avait bien remarqué, avec quelle envie il regardait certaines personnes : celles qui avaient du charisme, celles qui savaient remonter le moral des autres, ou même, celles qui savaient s'habiller. Pourtant, il n'était pas aussi pitoyable et insignifiant qu'il semblait le penser.
Elle laissa transparaître un sourire à l'autre bout du fil, mais garda une voix autoritaire.
-« Bon, si t'es pas là dans moins de dix minutes, je te tue de mes propres mains. Compris ? »
-« Euh ... mais faut le temps que je me prépare et que je vienne ... c'est pas la porte à côté quand même ! » s'insurgea précautionneusement le dreadé.
-« Je m'en fiche, tu n'as pas d'excuses ! » dit-elle, en riant de l'effet qu'elle lui faisait.
-« Mouais ... m'enfin, j'voudrais pas mourir bêtement pour ça quoi et- »
-« Tu perds du temps Tominou ! » s'exclama le jeune femme brusquement.
Tom n'eut rien le temps de répondre, la tonalité sembla lui rire au nez. Il haussa un sourcil, fixant son portable. Elle avait raccroché. Un petit air vexé sur le visage, le dreadé se leva d'un bond pour battre son record de vitesse. Pas trop dur en réalité, Tom était quelqu'un qu'on avait du mal à presser, si ce n'était pas pour éviter une perte d'emploi.
~
Marchant d'un pas rapide dans l'air froid de ce soir d'automne, Tom réajusta son écharpe, tout en jetant quelques regards autour de lui. Les quartiers devenaient de plus en plus animés, au fur et à mesure qu'il avançait. La vie citadine l'avait toujours beaucoup intéressé.
Tom avait beau ne pas être excessivement sociable, il se plaisait à regarder les gens vivre. Il observait des situations, ça et là. Dans la rue, dans les magasins, dans les appartements voisins. On aurait pu juger son comportement immoral, mais il ne voyait pas les choses comme ça. Il considérait cela de façon légitime. Étant donné que lui ne vivrait jamais de telles situations, pourquoi n'aurait-il pas le droit de s'en inspirer pour rêver ?
Il soupira et jeta pour la seconde fois sa vieille écharpe noire pelucheuse sur son épaule. Le café n'était plus qu'à quelques ruelles. Le fameux Stern Café dans lequel il avait dit avoir vu la femme de sa vie. Amélie et ses amis s'y rejoignaient très souvent.
Tom sentit une pointe d'amertume lui pincer le c½ur lorsque la façade lumineuse fut en vue. Avec leurs âneries, il ne savait même pas sur qui il allait tomber. Non pas qu'il détesta les fréquentations de son amie, mais certaines personnes ne lui plaisaient guère. Tout simplement car il ne savait pas faire face à leur caractère propre.
Il inspira légèrement l'air froid, avant de pousser la porte du petit café de rue. Des étoiles de toutes sortes remplissaient la pièce, en hommage au nom de l'établissement. Aussi bien des sculptures que des peintures, ou seulement des autocollants. L'endroit dégageait un certain charme, que Tom avait apprécié dès le départ. Depuis qu'Amélie l'avait amené ici pour la première fois.
Il soupira sous la chaleur presque suffocante qui l'accablait tout à coup, et jeta de brefs regards autour de lui. Il détestait regarder les gens en face, mais il avait appris à le faire à contrecoeur. Son travail ne lui permettait pas de baisser les yeux sur les articles constamment. La plupart des gens ne supportent pas qu'on les ignore du regard.
Il se focalisa bien vite sur sa gauche, près de la vitre, où une banquette faisait l'angle de la pièce. C'était souvent le coin où le petit groupe d'amis se réunissait. Et ce soir ne faisait pas exception à la règle. Amélie ne l'avait pas encore remarqué et l'espace d'un instant, son instinct lui dicta de partir pendant qu'il le pouvait. Une preuve flagrante de son insociabilité.
Il releva les yeux vers le groupe, et croisa le regard de son amie, qui lui sourit en faisant un signe. Trop tard, siffla son instinct. Tom eut envie de lever les yeux au ciel tant il se trouvait pathétique.
Il s'approcha doucement de la petite assemblée, se sentant déjà de trop. Tout le monde n'était pas là. Il devait en manquer deux, ou trois. Deux des garçons semblaient engagés dans une discussion primordiale, si bien qu'ils ne le remarquèrent pas immédiatement, tandis que tous les autres regards se tournaient vers lui.
Le dreadé se sentit légèrement gêné, mais ne rougit pas. Il y avait des situations bien plus embarrassantes. C'était ce qu'il se forçait à penser dans ces cas-là. Par exemple, la fois où ce mec l'avait dragué, la semaine dernière. Le stratagème fonctionna à l'inverse et cette fois-ci, ses joues se tintèrent de rose.
Finalement, ce n'était peut-être pas une si bonne idée ...
-« J'ai failli attendre ! » déclara tout à coup Amélie, faisant semblant de le sermonner, avant de partir d'un faible éclat de rire.
Avant que Tom n'ait pu faire quoi que ce soit - ce qui fut utile, vu qu'il ne savait justement pas quoi faire - elle se décala contre un autre garçon pour lui faire une place. La banquette étant trop petite, deux des jeunes gens avaient ramené des chaises d'autres tables pour les poser devant l'espace restant de la tablée. Ils étaient sept en tout et pour tout. Trois filles et quatre garçons, désormais cinq.
Tom s'assit avec hésitation, esquissant un sourire timide et bégayant un bonjour qui l'était tout autant.
Le garçon à sa gauche, assis sur une chaise, et blond comme les blés, se nommait Evan. Ses cheveux mi-longs étaient magnifiques, mais semblaient lui poser beaucoup de problèmes si l'on en jugeait son look de gothico-métaleux. C'était d'ailleurs une chose dont il se plaignait régulièrement, et tous finissaient par lui répondre une phrase devenue culte : « va te teindre ! ».
Lorsque Tom l'avait entendue pour la première fois, il n'avait pu s'empêcher d'en rire discrètement. Evan l'avait vu, et lui avait sourit, tentant de se faire plaindre par quelqu'un au moins. Depuis, et quand Tom était parmi eux, il le jugeait tel son sauveur.
Assis sur l'autre chaise, riant à gorge déployée, se tenait une jeune fille aux yeux d'un bleu très clair, et cheveux châtains. Anna. Elle était simple dans sa façon de penser, et de s'habiller. Pourtant elle pouvait paraître parfois extravagante, car elle possédait une joie de vivre sans limites.
Tout était source de bonheur à ses yeux. Et les moments passés avec ses amis l'étaient d'autant plus, si bien que Tom ne s'étonnait plus de la voir rire constamment.
Il regarda face à lui pour rencontrer le regard inexpressif d'un des garçons qu'il appréciait le moins : Logan.
Le jeune blond aux cheveux courts, et d'une banalité impressionnante, ne le portait apparemment pas dans son c½ur. Peut-être était-ce parce qu'il était rempli de préjugés et l'avait immédiatement catalogué en tant que 'flemmard shooté écoutant Bob Marley et ne souhaitant rien foutre de sa vie'.
Tom évita son regard, et sauta rapidement la personne à ses côtés.
C'était sa petite amie, Sarah. D'ailleurs, il y marquait bien son territoire, un bras enroulé autour de ses épaules. Elle était jolie et intelligente. Tom n'avait jamais compris pourquoi elle sortait avec ce type, mais ce n'était pas son histoire après tout. Il ne connaissait pas leur vie.
A sa droite, Mark, le plus vieux de la bande, du haut de ses trente cinq ans. Il avait un style plutôt efféminé : ongles vernis, yeux maquillés, vêtements très serrés, et cheveux courts bien soignés. Tom s'était laissé dire qu'il avait un petit ami depuis quelques mois. Néanmoins, il ne l'avait jamais vu.
Et le dernier présent à table était caché par Amélie, qui l'avait poussé pour faire de la place.
Il s'appelait Georg, et c'était aux yeux de Tom, le plus sympathique de tous. Le rigolo de la bande en quelque sorte. Son air souriant et un peu macho, cachait un grand c½ur amoureux d'après Amélie. Lorsqu'ils s'embêtaient au boulot, elle lui racontait parfois certains secrets. C'est ainsi que le dreadé avait su que Georg cherchait désespérément un moyen de se faire remarquer par Anna. Et d'après Amélie c'était plutôt sur la bonne voie.
Tom avait parfois l'impression de vivre un remake de Friends en venant au café.
Un petit coup porté à ses côtes le fit siffler.
-« Eh ! » murmura-t-il, à l'attention de son amie.
-« Je te pose une question figure-toi là. » soupira-t-elle, en levant les yeux au ciel.
Tom était encore entrain de rêver, comme d'habitude. Ca devenait sidérant.
-« Est-ce que tu peux décrire le mec qui t'as dragué vendredi dernier ? » déclara-t-elle simplement, sans gêne aucune.
Le dreadé ne pouvait pas rêver pire. Evoquer ce souvenir ne lui plaisait absolument pas. Il leva les yeux, rougissant. Tous les regards étaient brusquement braqués sur lui, tantôt amusés, tantôt étonnés. La-hon-te.
-« Il t'a dragué aussi ... et ... pourquoi tu veux parler de ça ? » demanda-t-il, embarrassé.
Elle retint un rire en voyant sa gêne, et désigna Mark qui lui souriait franchement.
-« Je connais à peu près tous les mecs gays de la ville, j'aimerais bien savoir qui c'est ... » dit-il, légèrement suppliant.
Tom était trop stressé pour se faire la remarque, mais le jeune homme était incroyablement jaloux, et sur le coup, il n'avait pu s'empêcher de penser, que, peut-être c'était son copain. Ils ne sortaient pas ensemble depuis très longtemps, et surtout, il avait sept ans de moins que lui. Il avait toujours peur de le voir partir avec un autre, plus jeune, ou plus riche, peut-être.
Tom tenta vainement de se reprendre, et bégaya un peu, mais se trouva assez concluant.
-« Bah, il était grand, brun, euh, les yeux ... noisette, maquillé, des traits fins, et il ... il avait une guitare ... »
Il se retint de rajouter ' et pas mal de fric apparemment', chose qui l'avait un peu vexé.
Il avait eu l'impression qu'il voulait l'attirer avec son billet. Tom s'était senti grandement rabaissé par sa façon de le regarder, comme s'il était un produit qu'il désirait payer. Et dont il comptait se servir ...
Un frisson parcouru son corps. Il n'osait même pas imaginer. Il n'avait rien contre la communauté homosexuelle. Absolument rien, mais il n'avait jamais été réellement attiré par un homme. Et ce n'est certainement pas un mec de ce genre qui pourrait le faire virer de bord.
Il n'aperçu pas le regard étonné de son amie. Amélie semblait très intriguée, et ce n'était apparemment pas la seule. Evan et Anna se lancèrent un petit regard. Tom ne parlait jamais beaucoup. Ne serait-ce que pour répondre à une question. S'il prenait le temps d'énoncer autant de détails sur un simple mec qui l'avait dragué, c'est qu'il en était sorti marqué.
Un petit soupir échappa à Mark.
-« Merci ... je crois que je ne le connais pas. Enfin, la description ressemble à pas mal de gars que j'ai déjà vu, mais aucun ne joue de la guitare ... » dit-il, plus à lui-même qu'aux autres.
D'ailleurs, personne ne l'écoutait vraiment. Sarah et Logan se donnaient un baiser langoureux, Georg tentait de raconter une blague à Amélie, tandis qu'Evan et Anna parlaient à voix basse de l'événement du jour. Quant à Tom, comme à son habitude, il était reparti dans ses pensées.
Finalement, venir ici n'arrangeait pas son cas, si personne ne prenait la peine de le sortir de sa tête.
~
-« Bon bah, à la prochaine Tom ! » déclara Evan, en lui tapant amicalement l'épaule.
Le jeune dreadé fit un sourire forcé au blond et souhaita une bonne soirée aux autres en se détournant, s'apprêtant à partir rapidement pour rejoindre son studio douillet. Mais il fut brusquement tiré en arrière, et hoqueta de stupeur.
-« Attends, je viens avec toi. »
Amélie lui fit un immense sourire auquel Tom ne pu résister, comme toujours.
Il attendit quelques minutes de plus dans l'air froid de la nuit, tandis que la jeune femme s'étendait en politesses et papotages avec ses amis. Et pourtant, le froid ne l'empêcha pas de s'enfoncer dans ses pensées à nouveau. Lorsqu'il dérivait ainsi, il pouvait aussi bien réfléchir à la complexité du monde ou du système économique actuel, qu'à son amour inconditionné pour la guitare, ou cette mystérieuse femme de ses rêves. Il n'aperçu pas tout de suite, le petit complot qui se dressait autour de lui, juste à sa droite entre trois des jeunes gens qui tardaient à se séparer.
-« C'est bizarre quand même non ? » demanda Anna, d'une petite voix qu'elle voulu discrète.
-« Parle normalement, il rêvasse encore, il comprendra rien. » dit Amélie, en riant doucement.
-« A mon avis, il est bi et il le sait pas encore ! » s'exclama Evan, drôlement amusé par la situation.
Amélie frappa son épaule après avoir vivement jeté un ½il au dreadé, duquel elle tenait encore le bras.
-« Pas si fort ! Imbécile. » elle continua tandis que le blond se marrait tout seul, « je vais tenter de mettre ça au clair, pour le moment il fantasme sur une femme qu'il a inventé ... ça m'étonnerait qu'il ait craqué aussi vite pour un vantard ... mais bon ... c'est Tom, on sait jamais à quoi s'attendre avec lui. » soupira-t-elle.
Tout à coup, le jeune blond sembla s'éveiller.
-« Quoi ? Tu parles de moi là ? » s'enquit-il, l'air aussi attentif qu'un ours réveillé en plein milieu de l'hiver.
Amélie leva les yeux au ciel, alors qu'Anna et Evan partaient enfin de leur côté, se moquant gentiment de Tom. Elle tira doucement son bras, toujours accrochée après et pas prête de s'en défaire vu la froideur de l'air.
Ils traversèrent quelques rues en silence, jusqu'à ce que le dreadeux ne s'aperçoive de quelque chose.
-« Au fait, où on va là ? » demanda-t-il, étonné.
-« Je me demandais si tu allais seulement t'en rendre compte ! » dit-elle, amusée.
Tom la secoua un peu en représailles.
-« Eh ! ... on va chez toi. Je me demandais si ... » commença-t-elle.
Sa phrase resta en suspend, et le jeune homme tourna la tête vers son amie, intrigué.
-« Quoi ? »
-« Je me demandais si ... bah, de toute façon j'ai pas besoin de ton accord, je m'impose chez toi ce soir. » déclara-t-elle simplement, reprenant la marche à pas rapides.
Elle éclata de rire en voyant l'air abasourdi du dreadé.
-« Nan mais, je rigole hein. Enfin, à moitié ... j'aimerais bien passer la nuit chez toi, si tu n'y vois pas d'inconvénient. Je crois que tu as besoin de te changer les idées ... » dit-elle doucement.
Tom soupira, et acquiesça, s'étalant sur le fait que son appart devait être un bordel innommable, où elle ferait mieux de ne jamais mettre les pieds.
Ils arrivèrent bientôt devant l'immeuble, où Amélie enclencha une course poursuite dans les escaliers après avoir cherché à faire tomber le pantalon du jeune homme. Lorsqu'il l'attrapa sur le paillasson, il la chatouilla jusqu'à qu'elle en pleure, puis, satisfait, ouvrit la porte.
Le studio avait beau être petit, il avait du charme et était confortable. Amélie ne l'avait encore jamais vu. Pourtant, elle connaissait Tom depuis une bonne petite année. Elle regarda partout autour d'elle, observant chaque détail qui lui en apprendrait encore plus sur son ami. Contrairement aux dires de celui-ci, l'appartement était parfaitement rangé. Normal, on était mardi.
Alors qu'Amélie étudiait encore l'habitacle, Tom décréta qu'il était crevé.
Elle se tourna, étonnée.
-« Déjà ? Moi qui voulais parler toute la nuit ! » s'écria-t-elle en riant.
-« Eh oui, je ne suis pas une fille, je ne suis pas une pipelette moi. » répondit-il, en insistant bien sur le dernier mot.
Elle haussa un sourcil et humpffa. Tom rit doucement à sa réaction, puis grimpa rapidement les escaliers. Et Amélie pu assister à un spectacle quotidien. Un gros boum sourd résonna, tandis que le dreadé geignait. La poutre avait encore frappé. Elle éclata littéralement de rire avant de monter à sa suite, voulant s'assurer qu'il ne s'était pas fait mal malgré tout. Au début vexé, Tom finit par la rejoindre.
La soirée finissait bien.
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Calée au fond du petit canapé à moitié défoncé, Amélie réfléchissait. De ses pensées sur Tom, elle avait finit par dériver jusqu'à sa propre vie. Elle s'en voulait tant de s'être laissée couler, allant jusqu'à devoir accepter un boulot de caissière pour terminer ses fins de mois.
Elle avait maintenant vingt et un ans, bientôt vingt deux, et une fois ses études finies, elle savait qu'elle n'aurait jamais assez d'argent pour partir en Grèce. Elle devrait se faire embaucher par un musée, où quelque chose du genre.
Ça ne lui déplaisait pas, au contraire ; mais combien de musées seraient-ils prêt à embaucher une fille à peine sortie des bancs de la fac, à un poste où seule l'expérience compte ? Elle en désespérait d'avance. Elle soupira, se tournant un peu sur le canapé.
Ça ne faisait que deux semaines qu'elle était allé voir sa s½ur, et elle avait déjà envie d'y retourner. Son bien le plus précieux y était, chez elle, alors qu'il aurait du être dans ses bras. Elle refoula ses larmes, et tenta de trouver le sommeil.
Dans la mezzanine, à l'étage supérieur, un jeune homme souriait bêtement en imaginant sa dulcinée le couvrir de caresses.
Peut-être n'est-ce pas seulement l'amour qui rend aveugle, mais bel et bien les illusions ...
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